L’état pelliculaire : description

Causes

A la fin du XIXème siècle et tout au long du XXème siècle, de nombreuses observations et études ont été menées sur le sujet et des controverses sont apparues quant aux causes de l’état pelliculaire.

Néanmoins, il est aujourd’hui généralement admis que le développement des pellicules du cuir chevelu est lié à quatre facteurs concomitants :

  • la sécrétion de Sébum sur le cuir chevelu;
  • le rôle majeur d’une prolifération excessive de la levure Malassezia;
  • une prédisposition génétique à développer une réaction inflammatoire;
  • des facteurs externes variables, en particulier psychiques (le stress) et environnementaux (le climat, la pollution).

Sévérité

L’état pelliculaire est d’intensité variable. On distingue deux états selon la sévérité :

  • L’état pelliculaire dans lequel les pellicules sont dites sèches (pityriasis simplex). Les pellicules sont petites et de couleur blanche. Elles n’adhèrent pas au cuir chevelu, tombent sur les épaules et se déposent sur les vêtements. On n’observe pas d’Inflammation du cuir chevelu. Les démangeaisons sont absentes ou modérées. Le phénomène est généralement plus important en hiver et s’améliore en été. C’est l’état pelliculaire le plus fréquent, aussi appelé État pélliculaire courant;
  • L’état pelliculaire dans lequel les pellicules sont dites grasses (pityriasis stéatoide) qui adhèrent au cuir chevelu et s’amoncellent. Elles forment des plaques grasses, humides et jaunâtres qui provoquent des irritations et des démangeaisons. Sous les plaques, le cuir chevelu est inflammatoire, rouge/rosé et parfois suintant. Cet état est toujours associé à une Hyperséborrhée. L’intensité est variable selon les patients et peut aller d’une atteinte modérée à une atteinte sévère.

L’état pelliculaire : pellicules et dermite séborrhéique

Certains considèrent que l’état pelliculaire simple (pityriasis simplex) aussi appelé État pélliculaire courant est une forme légère de la dermite séborrhéique.

Cependant, plus couramment, d’autres opèrent une distinction (ne serait-ce que sur le plan étymologique) entre :

  • l’état pelliculaire courant, qui affecte près d’une personne sur deux, et dont les symptômes sont modérément invalidants;
  • et l’état pelliculaire modéré à sévère (pityriasis stéatoide) qui est une des formes cliniques de la dermite séborrhéique. 70% des patients atteints de dermite séborrhéique développent un état pelliculaire du cuir chevelu.

On notera enfin qu’il existe aussi une forme rare mais extrêmement sévère : le casque séborrhéique, très inflammatoire et parfois malodorant.

L’état pelliculaire : facteurs

La sécrétion de Sébum

Plusieurs arguments impliquent l’activité sébacée dans l’apparition des pellicules.

D’une part, la chronologie : l’apparition de pellicules est concomitante avec les poussées de l’activité sébacée. Elles apparaissent majoritairement à la puberté et commencent à décroitre après la quarantaine avec la baisse de l’activité sébacée.

D’autre part, la topographie: l’activité sébacée sur le cuir chevelu est élevée. On notera cependant que la sécrétion sébacée chez les sujets atteints de pellicules n’est pas supérieure à celle des sujets sains. En d’autre terme, les pellicules sont liées à la présence de Sébum et non à une augmentation de la sécrétion sébacée sur le cuir chevelu.

La prolifération de Malassezia et sa conséquence

Les Malassezia sont des levures (champignons unicellulaires) qui sont connues de longue date en pathologie humaine. On en distingue aujourd’hui 13 espèces. Les plus connues sont Malassezia Furfur (pityrosporum ovale) et Malassezia Globoza qui sont notamment impliquées dans la dermite séborrhéique. Les Malassezia font partie de la flore commensale cutanée normale chez l’homme et les animaux.

Les Malassezia sont presque toutes lipodépendantes du fait de leur incapacité à synthétiser certains acides gras. Elles colonisent donc principalement les zones riches en glandes sébacées.

Les Malassezia produisent une grande variété d’hydrolases, une classe d’enzymes allergènes, dont on suspecte qu’elles soient à l’origine de la réponse inflammatoire de l’épiderme en leur présence.

Plusieurs études démontrent d’une part, que Malessezia se développe d’autant plus que le pH de son environnement est élevé et d’autre part, que la production d’enzymes allergènes par Malassezia est aussi d’autant plus élevée que le pH de l’environnement est élevé.

De nombreuses études mettent en évidence l’implication de la Malassezia dans l’état pelliculaire courant et la dermite séborrhéique. On notera en particulier :

  • que les lésions dues à la dermite séborrhéique se situent sur les zones où la densité de la levure est la plus forte;
  • que la quantité de Malassezia dans la flore commensale est beaucoup plus importante (le double) chez les sujets atteints de dermite séborrhéique que chez les sujets sains;
  • que la diminution de la Malassezia avec des traitements antifongiques réduit fortement les pellicules alors que la diminution des bactéries de la flore commensale n’a pas d’impact sur la présence des pellicules;
  • que les pellicules réapparaissent dès que la colonisation de l’épiderme par la Malassezia recommence.

Il a été démontré que le metabolisme (les réactions chimiques dans un être vivant) de la levure Malassezia influence la composition du sebum qui contient beaucoup plus d’acides gras libres (presque le triple) en présence de la levure qu’à son état natif sans la présence de la levure. Le sebum modifié par la présence excessive de Malassezia altère la Couche cornée, provoque des inflammations et une Desquamation plus importante et entretien une Hyperséborrhée.

La prédisposition génétique

Chez les sujets sains, la levure Malassezia se comporte en commensal ce qui signifie qu’elle colonise la peau ou les muqueuses sans provoquer de maladie. La raison pour laquelle Malassezia se comporte en pathogène chez certains sujets est encore mal élucidée. Cependant, il est désormais couramment admis que l’état pelliculaire courant et la dermite séborrhéique du cuir chevelu ne sont pas provoqués par une croissance accrue de Malassezia mais par une sensibilité individuelle à développer la maladie. En l’état actuel des connaissances, si la prédisposition génétique est largement suspectée, elle n’est cependant pas encore scientifiquement établie.

Les facteurs externes

L’influence du stress, longtemps suspectée et observée empiriquement, a été démontrée assez récemment par plusieurs études. Les sujets atteints d’état pelliculaire courant et de dermite séborrhéique du cuir chevelu indiquent que le stress (ce terme recouvrait le stress mais aussi la fatigue, les contrariétés, les émotions, l’angoisse, l’anxiété, les mauvais souvenirs, la surcharge de travail) était, dans 50% à 80% des cas selon les études, le facteur déclenchant habituel d’une phase d’apparition des pellicules.
Le climat joue aussi un rôle significatif: poussées plus importantes en hiver, amélioration nette en été avec l’exposition solaire mais aussi l’effet de la luminosité.
Enfin, la pollution pourrait influencer les poussées mais aucune étude à ce jour ne vient le démontrer.